Sur l'évolution paradoxale de la guerre

N. Lygeros




Pour admettre l’évolution de la guerre, il suffit de considérer les deux siècles précédents. Au XIXe siècle, la guerre est devenue nationale tandis qu’au XXe siècle, elle est devenue idéologique. Ces différences sont en elles-mêmes fondamentales mais nous les considérons ici qu’en tant qu’indicatrices. Elles indiquent d’une part le caractère polymorphique de la guerre et d’autre part, sa capacité à créer des situations paradoxales. Ainsi le XXe siècle est aussi celui du grand changement de la disparition des grandes idéologies. C’est aussi celui du grand changement de phase que représente la création de l’arme atomique puisque l’humanité découvre l’idée du suicide potentiel. Par ailleurs dans son évolution la guerre crée aussi des paradoxes justement en raison de l’évolution technologique. Ainsi nous avons d’une part une dilatation extrême du théâtre des opérations au point de rendre nécessaire l’introduction de la notion de géostratégie qui permet entre autres, de coordonner des opérations se déroulant simultanément sur des théâtres séparés, mais nous avons aussi d’autre part la fragmentation de la stratégie, car nous avions auparavant une différence théorique entre la stratégie et la tactique, désormais la stratégie est soit conventionnelle soit nucléaire et cette distinction n’a plus rien de théorique. Ainsi la guerre gagne en importance mais aussi en finesse en raison de la spécialisation nécessaire de l’armement. Elle fonctionne d’une certaine manière comme une machine parallèle à petit grain. En réalité avec l’évolution et la complexification des réseaux utilisés, sans doute que l’expression réseaux de neurones formels serait plus adéquate. Dans cette évolution la notion de guerre combine désormais le global avec le local mais aussi le multilocal et offre ainsi de plus grandes possibilités pour l’exploitation de l’asymétrie. Aussi il n’est pas étonnant de voir naître le problème du terrorisme qui travaille sur le multilocal en utilisant le fait que la combinaison des modalités de feu et de manœuvre permet d’engendrer celle de choc lorsqu’il s’agit de populations civiles. Ainsi, alors que la notion de guerre totale en stratégie, d’anéantissement, a été intégrée, il est malgré tout difficile de prévoir et de s’opposer aux comportements de petits groupes armés qui évitent de s’attaquer à des centres stratégiques classiques et préfèrent frapper la masse et ce de manière aveugle. Nous avons donc une opposition entre le contrôle global et le contrôle local. Ce qui n’est pas sans rappeler les problèmes des empires. Malgré l’évolution de la technologie et celle de la guerre, certaines configurations réapparaissent. Et nous ne parlons pas seulement de la problématique religieuse. Ici nous ne considérons que les facteurs intrinsèques de l’évolution de la guerre et la technologie qui en font partie car comme le montre l’histoire de nombreuses innovations technologiques sont produites justement en temps de guerre car la criticité de celle-ci engendre celle de la technologie. Cependant cette évolution de la guerre a aussi des répercussions importantes voire fondamentales ou même contradictoires sur la stratégie qui est par excellence l’art du paradoxal. Ainsi ses paradigmes ont fortement évolué car ils ne sont plus reliés seulement à la bataille elle-même. La conception et l’exécution en tant que système dual ne sont plus symétriques car la complexité des armées modernes nécessite des préparatifs très importants sans pour autant exclure l’opposition de phénomènes multi locaux dans un schéma global, d’où l’omniprésence du paradoxe.







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