Sur la notion de rupture conceptuelle

N. Lygeros




Une autre manière d’aborder le raisonnement non uniforme qui est d’ordre cognitif, c’est d’introduire la notion stratégique de rupture conceptuelle. Celle-ci représente l’élément mental de la notion de rupture. Cette dernière qui est largement exploitée en stratégie militaire provient de la statique du front. Celui-ci peut être abordé par les trois modalités stratégiques que nous avons analysé dans un précédent article, à savoir le char, la manœuvre et le feu. Si le front peut être rompu - vu les données militaires que nous possédons - alors c’est le char qui sera privilégié. Cette technique est particulièrement utilisée par les divisions blindées même si le char représente à l’instar de l’avion de combat, la combinaison des trois modalités. Si le front est trop puissant et en ce sens il représente d’un point de vue cognitif un problème difficile, alors c’est la manœuvre qui sera préférée car elle permet d’attaquer des points faibles, des directions non prévues par l’ennemi. Cette méthode est aussi exploitée en mathématiques et la démonstration du théorème de Fermat en donne un exemple éclatant. Ici la vitesse est encore plus déterminante que dans la percée puisque l’ennemi est pour ainsi dire intact. En effet, il n’a pas eu à subir de choc frontal. Ainsi il ne doit pas avoir le temps de se repositionner dans une position équivalente en terme de difficulté. Ce phénomène existe aussi en mathématiques, lorsqu’une approche indirecte ne finit par donner qu’une équivalence théorique. Elle demeure tout de même utile, même dans cette configuration où nous savons démontrer même un seul résultat, d’où son utilisation en théorie de la complexité. Enfin lorsque même la modalité de la manœuvre n’est pas exploitable, il existe encore le feu. Celui-ci, s’il est utilisé dans ces conditions, doit être extrêmement concentré et alimenté de manière dynamique. C’est cette méthode qui a été utilisée par le débarquement des alliés. En effet, sur les plans stratégique et tactique, les forces allemandes étaient supérieures et d’une résistance incroyable face au déluge militaire qu’elles ont dû affronter. Cependant la concentration du feu sur un seul point, finit par provoquer de telles pertes que l’ennemi est obligé d’abandonner sa position même si celle-ci était réellement efficace. Dans ce cas nous disons que son dispositif est disloqué. Cette idée peut être exploitée du point de vue cognitif sur le noyau d’un problème donné. Si le noyau est compris alors l’ensemble de la structure découle. Nous pouvons en voir les autres applications avec la notion de classe d’équivalence et de relation fondamentale dans la théorie des hypergroupes. La connaissance de celle-ci permet de déterminer la notion de la structure considérée. Quant à la rupture conceptuelle, elle apparaît en stratégie dans la phase des négociations. Elle représente ainsi la vision complémentaire du raisonnement non uniforme puisqu’elle permet de visualiser ses conséquences sur une structure donnée, une fois qu’il a été mis en place. C’est aussi pour cette raison que nous le retrouvons dans le domaine de la dissuasion nucléaire puisque cette fois l’ensemble du dispositif fonctionne dans le virtuel et offre un champ d’action plus vaste pour le cognitif.







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