L'esprit de Montesquieu

N. Lygeros




« Si je savais quelque chose qui me fût utile, et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit.
Si je savais quelque chose utile à ma famille, et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier.
Si je savais quelque chose utile à ma patrie, et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime. »

En lisant ces phrases de Montesquieu nous ne pouvons qu’admirer leur justesse. Il s’exprime simplement afin d’être compris de tous. Il donne une leçon d’humanité en quelques phrases et explicite ainsi une hiérarchie qui est à la base du droit international.

Cette hiérarchie n’est pas une chaîne car Montesquieu est encore dans le cadre de L’esprit des lois même si cette citation n’y appartient pas. L’homme n’est pas seulement une unité anonyme. Cependant la patrie, l’Europe et le genre humain forment la partie axiologique qui permet a posteriori de juger un acte et de le qualifier de crime si cela est nécessaire.

Malgré le temps passé et l’appartenance de l’auteur à un autre siècle, l’actualité de son propos démontre le caractère diachronique du philosophe de l’humain. Étape par étape en utilisant un crescendo qui n’est nullement nationaliste mais bien internationaliste avec un point de référence essentiel via l’Europe, Montesquieu bâtit une axiomatique qui n’est jamais devenue un dogme au sens stratégique du terme. Car même si la Déclaration universelle des Droits de l’Homme a été affirmée, ses défenseurs doivent passer encore bien des épreuves comme le montre la Constitution Européenne.

Ces mots de Montesquieu sont tout aussi justes pour les combattants de la reconnaissance du génocide des Arméniens et pas seulement. Tout crime de guerre, tout crime contre l’humanité doit être combattu sans relâche afin que nous ne tombions pas dans le piège du génocide de la mémoire. L’humanité et notre humanité ne doivent plus souffrir par ce genre de crime. Le droit international permet de les considérer comme imprescriptibles mais cela ne suffit pas. Il ne s’agit que d’une première étape. Ensuite doit venir l’application de la peine. Les bourreaux de l’histoire et des peuples doivent subir le coût de leur crime sinon rien ne pourra les forcer à ne pas recommencer. Car pour eux l’humanité n’est qu’une utopie, une abstraction superfétatoire pour la réalité judiciaire et publique. Cependant, ils oublient que même les utopies fabriquent parfois des réalités, celles du futur.

Montesquieu à travers sa simplicité montre la voie à chaque être humain, à chaque défenseur des droits de l’homme. Voilà pourquoi ces simples mots nous touchent si profondément. Ces mots doivent être répétés afin qu’ils soient entendus de tous. Afin que l’humanité puisse évoluer dans un monde qui ne tentera plus de la blesser. Afin que les peuples puissent vivre libres.










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