Dialogue imaginaire

N. Lygeros




Il est sans aucun doute difficile d’imaginer un véritable dialogue entre I. Newton et G. Leibniz. Pour expliquer cette difficulté il existe de nombreuses raisons comme les malentendus provoqués par la compétition scientifique ou par le problème de transport dans les échanges épistolaires, ou encore ne serait-ce que la réalité historique. Quoi qu’il en soit le véritable problème, pour notre part, ne provient pas de ces difficultés qui demeurent, toujours selon nous, mineures devant l’ampleur de la difficulté principale à savoir la double méconnaissance de leurs œuvres respectives.

En ce qui concerne Leibniz tout a été sauvegardé cependant paradoxalement le problème de son côté du moins, provient justement de là. En effet comme il a été conseiller stratégique, l’ensemble de ses manuscrits est considéré comme confidentiel. Aussi une grande partie de son œuvre nous est tout simplement inconnue car elle se trouve, entre autres, sur des manuscrits qui mêlent différents domaines.

Pour Newton dont l’œuvre principale a été sauvegardée par Keynes au dernier moment en raison d’un choix catastrophique de la part de l’université de Cambridge qui voulait se débarrasser de son opus. Cependant Keynes lui-même n’a permis l’édition que d’une petite partie de cet ensemble.

Aussi même si ces penseurs nous sont connus par certaines de leurs publications, il n’en demeure pas moins que l’œuvre, les manuscrits qui représentent le plus fidèlement possible leurs pensées, nous sont d’une certaine manière parfaitement inconnus. Par conséquent lorsque nous mentionnons les noms de Leibniz et de Newton, nous faisons en réalité référence à des modèles très incomplets que nous avons d’eux.

En réalité, il est plus facile, après cette mise en évidence, de concevoir un dialogue imaginaire qu’un dialogue réel entre ces deux penseurs. Puisqu’il serait, même pour chacun d’entre eux, extrêmement difficile d’avoir un simple compte-rendu sur leur œuvre.

Cette problématique nous ramène à celle de Leonardo da Vinci dont nous ne connaissons pas l’œuvre de manière globale. Ces modèles que nous avons de ces penseurs sont-ils suffisants pour que nous puissions considérer que nous les connaissons. Certes non. Aussi il est nécessaire d’adopter un autre point de vue qui exploite la notion d’observable d’Heisenberg et celle d’isomorphisme de Sidis. Ces penseurs qui ont produit un impact sur l’évolution de l’humanité sont ce que nous savons d’eux. Cette connaissance a priori réductrice est suffisante pour que nous les placions dans la catégorie de génies universels. Toute œuvre supplémentaire ne peut être considérée que comme un cadeau de ces penseurs mais pas une remise en cause de leur statut. Leur nature pourra sans doute évoluer avec le temps et avec la connaissance que nous aurons de leur œuvre cachée. Néanmoins le dialogue imaginaire avec l’humanité existe déjà.







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