Sur les notions de guerre limitée et guerre totale

N. Lygeros




Même si les notions de guerre totale et guerre limitée ont été particulièrement difficiles à établir, il n’en demeure pas moins qu’avec celles de stratégies d’anéantissement et de stratégie d’usure, elles ont acquis un sens qui peut désormais être exploité de manière non uniforme. Pour notre part, ce qui nous intéresse ici c’est son application dans le domaine qui concerne le génocide. Car même si parfois nous avons des exemples de guerres qui sont d’un côté totales et de l’autre limitées cela ne signifie pas pour autant qu’elles sont dépourvues de sens.

Le cas du génocide des arméniens n’appartient pas à celui de la guerre totale car il n’y a pas eu de guerre. La population arménienne qui a été massacrée par l’armée turque n’était pas une armée. Par contre, du point de vue turc il s’agissait d’une stratégie d’anéantissement. Nous avons donc une configuration qui est une extension de la notion initiale. Elle conserve néanmoins cet aspect asymétrique puisque la population arménienne a été prise de cours devant l’ampleur des moyens mis en place par l’institution et l’État turc pour les exterminer. D’une certaine manière, la fin du génocide a vu un changement de phase pour la partie turque puisque celle-ci a considéré a posteriori qu’il s’agissait d’une guerre limitée et même d’un cas particulier d’un programme d’épuration global qui s’est poursuivi avec les Grecs du Pont, puis les Grecs de Smyrne etc. Ce succès aussi éclatant qu’inhumain ne peut en aucun cas honorer la mémoire de ce peuple même s’il a été pris comme exemple. Car la copie de cette barbarie a été effectuée par le pouvoir nazi.

Cependant, le point le plus important, c’est le point de vue des survivants arméniens. En effet, ces derniers, ou du moins une partie de ces derniers, a compris l’importance de la lutte pour la reconnaissance du génocide car après la mort, il ne reste que la mémoire pour traverser le temps. Aussi le peuple arménien face au génocide de la mémoire que tentent d’exécuter à nouveau les forces turques, s’est mis dans une guerre d’usure dont l’ultime but est la reconnaissance complète du premier génocide du XXème siècle. Cette lutte demeure essentiellement incomprise par l’État turc qui continue à la voir comme un cas limité qui peut être réglé à coup de manœuvres diplomatiques. Ceci est une erreur stratégique grave qui ne peut aucunement être compensée par un appareil de propagande. Le peuple arménien a désormais dans sa propre axiologie la reconnaissance du génocide. Il ne peut donc s’agir au niveau de la mémoire des peuples d’une guerre limitée. Il s’agit au contraire d’une forme généralisée de guerre totale mais dont les moyens d’action n’appartiennent pas au domaine militaire mais à celui de la justice internationale.

Les peuples qui ont subi un génocide par un État qui ne veut pas le reconnaître, ne peuvent être trompés sur ses véritables intentions. La lutte arménienne est un exemple à suivre dont l’Union Européenne doit tenir compte pour être en accord avec ses principes éthiques.










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