La conscience de la révolution

N. Lygeros




Maximilien était mince et distingué, le grand front sous la perruque bien soignée, des yeux clairs et doux sous des sourcils nettement arqués, une bouche fine sous un nez allongé et relevé au bout, les joues rondes, le menton un peu fort sous le jabot de dentelle, la main droite posée sous le gilet brodé. Il s’était passionné pour Rousseau. Il avait aimé ce promeneur solitaire. Cela avait été comme s’ils avaient partagé les mêmes rêveries, les mêmes confessions. Il avait appris de lui à apprécier la dignité de la nature et à réfléchir aux grands principes de l’ordre social. C’était donc tout naturellement qu’il avait embrassé la carrière d’avocat. Il avait été nommé homme de fief gradué du siège de la salle épiscopale. Très consciencieux, il prenait soin des intérêts qui lui étaient confiés comme des siens propres. Il aimait défendre les faibles, les opprimés et les humbles. Et il composa son Mémoire sur les peines infâmantes qui fut primé par le concours littéraire de Metz. Il y réclamait un traitement plus humain pour les bâtards et l’égalité de tous devant les peines judiciaires. Cela ne l’empêchait pas d’écrire par ailleurs des chansons, des madrigaux et des élégies. Il était reçu dans la bonne société et la bourgeoisie de la ville le reconnaissait comme l’un des siens alors qu’il n’avait connu que la pauvreté jusqu’alors. Dans chacune des affaires qu’il plaidait, il se distinguait à sa façon. Et il était volontiers inscrit lorsque cela était nécessaire.

« L’autorité divine qui ordonne aux rois d’être justes défend aux peuples d’être esclaves »

Et c’était ainsi qu’il s’était prononcé directement contre l’absolutisme moral et les mœurs judiciaires. Car pour Maximilien, le moyen de prévenir les crimes, c’était de réformer les mœurs, le moyen de réformer les mœurs c’était de réformer les lois. Cependant il était de petite naissance et il savait combien cela représentait un handicap pour lui. Il combattit donc l’aristocratie privilégiée et les corps constitués. C’était la raison pour laquelle il s’était lancé dans la politique à la suite de la Convocation des Etats Généraux. Et il fut choisi parmi les 12 députés des habitants non corporés d’Arras. Par la suite, la corporation des savetiers mineurs la plus pauvre de la ville lui avait confié la rédaction de son cahier de doléances. Et à maintes reprises il était intervenu dans les débats pour réclamer l’égalité des droits et la liberté des suffrages. Il s’était forgé un caractère d’une rare intégrité et il était respecté pour cela ou plutôt admiré et haï. C’était dans ces conditions qu’il avait été le cinquième des huit députés du Tiers Etats que l’Artois envoya aux Etats Généraux.

A Paris il avait occupé un deux-pièces chez Humbert au troisième étage du n° 8 de la rue Saintonge avant de s’installer chez le menuisier Duplay au 366 rue Saint-Honoré. Il aimait lire Corneille, Voltaire et Rousseau aux enfants de son hôte. Il aimait apprendre et faire comprendre à tous et à toutes. Son visage pouvait sembler indifférent mais ce n’était en réalité qu’une forme déguisée qui lui permettait de cacher son âme sensible et fière. Il ne recherchait aucune distinction particulière, en termes humains il était la simplicité même. Tel était Maximilien Robespierre, la conscience de la Révolution.







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