Pensée stratégique européenne

N. Lygeros




En stratégie, les remises en cause ne sont pas seulement nécessaires, elles sont fondamentales. Et cela s’explique essentiellement par le fait qu’il s’agit d’un domaine fortement non linéaire. Par ailleurs comme l’objectif est un concept métastratégique, il n’est pas révélateur de la stratégie adoptée mais seulement indicateur. Aussi les critiques qui lui sont adressées ne sont pas adéquates. Pour l’Union Européenne, le véritable problème n’est pas l’absence de stratégie comme certains tentent de nous le faire croire mais la présence de stratégies concurrentes dans un même contexte. Les pressions intérieures qui ne sont après tout qu’une des concrétisations de la notion de friction introduite par Clausewitz sont réelles et parfois plus importantes que celles de l’extérieur même si elles ne sont pas indépendantes. Nous sommes donc en présence d’un mix stratégique incohérent en raison d’éléments perturbateurs. Tant que les profits nationaux seront directs nous serons dans une phase qui est modélisable par un jeu à gain à somme nulle. Chaque gain pour l’un est une perte pour l’autre. Aussi les luttes intérieures engendrent une décohérence du système. Il est plus que nécessaire de saisir l’occasion donnée pour nous restructurer stratégiquement parlant. Car désormais il ne s’agit plus simplement de réformes institutionnelles. Nous devons dégager de notre histoire commune, une pensée stratégique européenne.

Nous ne devons plus nous contenter d’être un cas de la théorie de von Neumann-Morgenstein, pas même rechercher un simple équilibre de Nash. Entre nous, il existe des liens forts, aussi nous devons les exploiter pour trouver des solutions de Pareto, des solutions efficaces. Nous ne pouvons plus subir sans cesse les contraintes locales de chaque pays pour des raisons intrinsèques sinon nous ne pouvons avancer globalement qu’avec une solution faible en raison des caractéristiques de l’équilibre de Nash. La ratification du traité de la Constitution Européenne n’est pas seulement fondamentale en soi, elle l’est aussi en raison de sa capacité à devenir la base d’une pensée stratégique. Elle représente elle-même la démonstration de facto de la nécessité de changer nos modes de décision. Car un des points principaux de notre pensée stratégique c’est qu’elle doit être robuste i.e. résistante aux attaques. Il ne faut donc pas rechercher la solution optimale si elle n’est pas stable. Car ce sont ces instabilités qui provoquent des crises intempestives et incohérentes de la part des éléments locaux qui agissent essentiellement comme des vices de forme. Le fond doit être protégé par la forme. Aussi celle-ci doit être munie d’une structure robuste. Dans cet enchaînement d’idées interactives, il est important de libérer la chaîne des limitations du maillon. Sinon sa faiblesse caractérise la puissance de la chaîne comme nous pouvons le constater actuellement.

C’est cet ensemble de contradictions que nous devons gérer à présent si nous voulons réaliser de manière efficace les bases et les concepts d’une pensée stratégique européenne. L’Union Européenne ne peut être un ensemble anonyme uniquement basé sur l’économie. C’est en véritable groupe qu’elle doit être pensée. Et ce groupe dont la loi est en train de se construire, doit servir d’élément à la généralisation souhaitée.







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