Prosodie formelle et théorie des mots

N. Lygeros




Un des grands dangers qui sont omniprésents dans la prosodie, c’est d’oublier l’importance de la notion de projection et sa caractéristique principale à savoir la déperdition d’information. Car une fois codé, le vers devient un assemblage formel qui ne restitue qu’un détail de l’information linguistique initiale.

Un autre danger c’est celui de l’exploitation d’une information qui ne provient pas de la prosodie mais simplement de propriétés mathématiques de structures combinatoires. Par exemple si nous avons un mot constitué uniquement de lettres 0 et 1 choisies de manière aléatoire alors la probabilité de trouver un 0 est égale à celle de trouver un 1, par contre si nous examinons la vitesse d’apparition du mot 100 et 111 qui sont isoprobables en raison de la possibilité d’empiètement des 111 nous trouvons plus souvent dans l’ordre d’apparition le mot 100.

Dans ce cadre, afin d’approfondir notre critique sur les arbres de codification examinons de manière formelle l’étude prosodique du mot de Kolakoski. Celui-ci est construit à partir de la notion de bloc à savoir un assemblage par chaîne de caractères identiques. La définition précise du mot de Kolakoski devient alors : la valeur de la nième lettre est égale à la longueur du nième bloc. Nous avons donc comme début en choisissant le 2 :

2 2 1    1 2 1      2 2 1      2  2  1         1  2  1            1  2  2           1  2
1 2 3    4 5 6     7 8 9    10 11 12      13 14 15       16 17 18        19 20

Si nous découpons ce mot à l’aide de blocs de 3 lettres nous voyons apparaître des motifs alors que ces derniers n’ont pas servi à la construction du mot. Les premiers mots sont 221, 121 et 122. Nous voyons une suprématie des motifs 221 et 121. En nous inspirant de la méthode désormais classique en prosodie nous les nommons par des lettres : posons ainsi que 221= A et 121 = B. En prenant les six premières lettres de manière à construire un « hexamètre » formel nous obtenons : ABAABC où C=12.

Nous pourrions alors interpréter ce motif global et considérer qu’il caractérise le style du poète. Cependant d’après notre construction qui s’est effectuée de manière algorithmique, nous savons que cette interprétation a posteriori est un non sens. Malgré tout nous pourrions poursuivre notre étude et même lui donner un cadre théorique. Aussi si à présent nous écrivions un vers qui correspondrait aux caractéristiques du mot de Kolakoski, toute analyse prosodique serait un non sens.

La possibilité d’avoir facilement ce genre de cas provient du fait que l’alphabet étant extrêmement petit puisque réduit à 2 lettres, le nombre de motifs est au plus égal à 8. Aussi dès que l’équivalent du vers a une longueur qui dépasse plusieurs dizaines comme dans les textes antiques, la répétition est inéluctable.







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