Sur l'entité du ministre des affaires étrangères de l'Union

N. Lygeros




Dans le cadre des compétences de l’Union via le traité de la constitution européenne en ce qui concerne la définition et la mise en œuvre d’une politique étrangère et de sécurité commune, y compris la définition progressive d’une politique de défense commune comme le précise le quatrième paragraphe de l’article I-12, une des plus grandes innovations est constituée par la création de l’entité du ministre des affaires étrangères de l’Union qui est explicitée dans l’article I-28. Cette création est importante à divers niveaux. Tout d’abord elle exploite directement la notion de majorité qualifiée qui est définie dans l’article I-25 et qui permet à l’Union de fonctionner plus efficacement avec 25 états membres. Cela signifie que le ministre des affaires étrangères devra jouer un rôle essentiel et que l’Union désire que sa nomination soit effectuée de manière efficace. Cependant ce vote est effectué avec l’accord du président de la Commission. Ce fait montre la recherche d’une cohérence structurelle interne. Le ministre des affaires étrangères conduit la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union. De plus comme il préside le Conseil des affaires étrangères, sa personne unifie le point de vue du conseil vis-à-vis du monde extérieur. Ainsi il veille à la cohérence de l’action globale. De cette manière l’Union Européenne se dote d’un interlocuteur capable de la représenter afin de faire face aux défis des relations diplomatiques extérieures. Aussi pour la première fois dans l’histoire de l’Union Européenne nous avons un représentant unique. Il n’est donc pas étonnant que cette innovation provoque l’irritation outre-atlantique. En effet l’augmentation du poids économique de l’Union Européenne représente un danger pour les concurrents macro-économiques mais pas seulement puisque cette fois l’extension géopolitique est flagrante. De plus comme le précise le traité, ce changement permet entre autre de servir de base à une évolution ultérieure en matière de géostratégie. Ces potentialités qui sont bien plus réelles pour nos adversaires que pour nous-mêmes modifient grandement notre structure fonctionnelle. En augmentant la cohérence de notre action extérieure, nous augmentons de même notre cohérence interne. Au sein de cette structure ouverte qui n’est pas restreinte à un cadre étatique, nous stabilisons notre mode de fonctionnement en agissant sur les singularités extérieures. L’entité du ministre des affaires étrangères joue donc un rôle catalytique en raison de l’interface qu’il représente. Enfin comme nous pouvons le constater par les commentaires des analystes étrangers à notre débat, l’existence même d’un ministre des affaires étrangères de l’Union Européenne inquiète, alors que penser de l’efficacité de son action lorsqu’elle sera enfin effective.







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