Du regard à la vision

N. Lygeros




Bien que la notion de vision soit compréhensible, il est difficile de percevoir le phénomène qui l’engendre. Ce qui est un truisme, c’est qu’elle n’existe pas en soi. Il faut donc rechercher sa source ailleurs. Si nous revenons à l’idée qu’elle transcende la vue, alors l’étude du regard est nécessaire. Cependant faut-il l’analyser a posteriori ou a priori ? Telle est la question. Quoiqu’il en soit, il est nécessaire d’incorporer à ce regard le principe suivant : nous ne voyons que ce que nous comprenons. Sans cela le regard est dépourvu d’intelligence, aussi il n’est plus caractéristique de la nature humaine. Ainsi le regard voit ce qu’il est capable d’analyser dans le sens cérébral du terme. De cette capacité d’analyser les choses, la compréhension est enrichie par le regard qui ne se contente plus de regarder mais d’examiner et de voir. Car les informations reçues sont naturellement beaucoup plus importantes en masse que celles que nous sommes capables de traiter. Aussi le choix est crucial. Et cela ne peut être effectué que via le cerveau et sa partie la plus mentale. Il doit être capable d’appréhender les singularités qui caractérisent les structures afin de compresser les informations d’une part et les reconnaître plus efficacement d’autre part. Le processus en phase de recherche se stabilise via la notion de schémas mentaux. Ceux-ci grâce à leur caractère structurant offrent de nombreuses possibilités pour l’organisation des données stockées. L’extension de ces schémas mentaux permet d’échapper au présent et de toucher le futur. Il ne s’agit pas de prévoir mais bien de voir dans tous les sens du terme. Ce regard structurant mène alors à ce que nous nommons la vision. Elle est créée comme une réalité, une réalité future certes mais une réalité tout de même. Elle existe d’abord mentalement mais non comme un objet imaginé. Elle est abduite et ce de manière créative. Néanmoins la création demeure un élément structurel. Elle existe comme l’aboutissement d’une sculpture de marbre. Le résultat même s’il n’est pas visible initialement, n’en est pas moins réel. Cependant le regard qui évolue en vision le perçoit déjà. Il vit dans le futur. Et c’est par cela qu’il est omniprésent via sa diachronicité. Ce regard qui voit le futur est effectivement caractéristique de la nature de la vision. Il ne s’agit donc plus d’un prolongement analytique mais d’une véritable synthèse. Car ce futur est précisément le résultat de la structure du présent mais pas uniquement. En effet dans cette synthèse que représente la vision, il y a aussi des éléments du futur qui ont été décelés par le regard qui comprend le monde pour créer le suivant. Il est sans doute difficile de percevoir ce regard chez tous les hommes mais il est certain que certains d’entre eux le possèdent réellement comme le montre le David de Michel Ange.







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