La diplomatie française et le génocide arménien

N. Lygeros




Tout d'abord en tant que défenseurs des droits de l'Homme nous devons nous féliciter de cette prise de position officielle de la part de la France. Cependant nous ne sommes pas dupes pour autant. Nous sommes conscients qu'il s'agit d'un mouvement très mesuré même s'il s'agit d'un pas en avant. Pour cela il nous suffit d'étudier le texte exact de la déclaration du ministre des affaires étrangères qui ne mentionne pas explicitement le mot génocide qui choque tant la Turquie. En effet, le génocide s'est transformé en une tragédie au début du siècle précédent. De plus l'insupportable nombre de 1.500.000 victimes est devenu quelques milliers. Malgré tout dans le domaine de la diplomatie, l'évocation d'un mot tabou ne serait-ce que de manière détournée suffit à jouer un rôle non négligeable. Car nous ne devons pas oublier que la reconnaissance du génocide arménien comme la résolution du problème chypriote, n'appartient pas aux critères énoncés à Helsinki en 1999. Aussi le simple fait de les mentionner suffit à exercer une pression positive et constructive en matière des droits de l'Homme.

Il est vrai que l'absence d'un cadre officiel diplomatique pour poser la question du génocide arménien permet à certaines personnes de déjouer le problème en insistant sur le fait qu'il ne concerne pas l'ensemble des pays de l'Union Européenne. Cependant ce serait oublier la décision du parlement européen qui a reconnu officiellement en 1987, le génocide arménien. Ce serait oublier que Chypre a déjà reconnu ce fait et que récemment la Slovaquie a fait de même. Aussi il est tout à fait naturel de poser le problème de la reconnaissance à l'ensemble des pays de l'Union Européenne et en particulier de la Turquie qui est la responsable de ce génocide. Il s'agit donc d'une mentalité véritablement européenne et non d'une spécificité française même si la France joue le rôle du fer de lance dans ce génocide de la mémoire. Car même si elle doit sur le plan de l'éthique défendre les droits des Arméniens, la France ne va pas à l'encontre du processus évolutif de l'Union Européenne. Au contraire, elle la stabilise et la renforce par cette initiative que certains qualifient maladroitement d'offensive. Il ne s'agit en aucun cas d'une offensive au sens stratégique du terme puisque le problème est sensiblement hors contexte si nous considérons le cadre strict de l'ouverture possible de négociations.

Cependant la diplomatie française ne doit pas obéir aux règles de logique interne et se contenter d'une prise de position à consommation intérieure. Il ne s'agit pas d'apaiser uniquement le mécontentement des Français mais d'œuvrer pour le bien des Européens dans leur ensemble. C'est uniquement via cela que le rôle de la France sera considéré comme majeur dans cette décision qui ne peut être qualifiée que d'historique.







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