Jeux diplomatiques

N. Lygeros




Les jeux diplomatiques sont aussi nécessaires qu'ils sont peu profonds. Ils agissent à l'interface du discours sans affecter le noyau de celui-ci. Ils n'ont pas de fonction essentielle dans le sens où ils ne se préoccupent pas de l'être mais du paraître. De plus, ils sont dépourvus de la profondeur de la stratégie même s'ils représentent un élément de celle-ci. Malgré tout, ils sont considérés comme importants car ils permettent de contourner des chocs frontaux qui ont des répercussions ultérieures. Cela bien sûr ne signifie pas pour autant que les jeux diplomatiques n'engendrent pas de contraintes futures. Le meilleur exemple, mais il en existe d'autres, c'est celui du positionnement de l'Union Européenne face à la candidature de la Turquie. Celle-ci représente techniquement parlant le plus vieux candidat puisque les premiers contacts datent de 1963 même si elle n'est un candidat officiel que depuis 1999. Ce long parcours est parsemé d'innombrables jeux diplomatiques qui n'ont pour but que de ralentir le processus sans pour autant y mettre fin de manière définitive. Seulement ce sont bien les contraintes engendrées par cette manière de faire qui ont conduit à la décision d'Helsinki. Aussi nous désirons mettre en évidence le fait que l'exploitation extrême des jeux diplomatiques n'est pas neutre, et que malgré leur caractère peu profonds et parfois en raison de cela, les contraintes sont tellement importantes qu'elle forcent des décisions regrettables.

Les jeux diplomatiques doivent être donc dotés de certaines règles qui ne doivent pas être transgressées afin de ne pas remettre en cause le noyau des principes. Comme nous l'avons suggéré dans d'autres articles, la reconnaissance d'un génocide doit en faire partie mais de manière générale cela doit englober les droits de l'homme à l'instar des acquis communautaires qui servent de base à toute négociation ultérieure. La candidature de la Turquie met en évidence que les jeux diplomatiques n'ont pas de règles pré-établies. Cela nous a conduit à une position diplomatique critique. Et le rapport de la commission européenne est frappant à ce sujet puisqu'il utilise pour la première fois dans ce type de contexte une règle de sécurité, à savoir la possibilité d'une suspension unilatérale des négociations en cas de litige grave. Pourtant, il ne faut pas exclure la possibilité que cette règle elle-même ne soit qu'un exemple de plus de jeu diplomatique qui permet de réconforter et de rassurer certains adversaires tout en ayant connaissance du fait qu'il est possible diplomatiquement parlant d'éviter de faire apparaître un litige sérieux.

Aussi nous ne devons pas nous contenter de ce type de sécurité artificielle particulièrement avec un pays qui n'a pas l'habitude de respecter les traités qu'il signe comme le prouve l'existence du Traité de Lausanne, l'accord de Vienne III, la Charte de Paris, le rapport de la rencontre de Genève,… Cette vigilance que nous avons sans cesse en tête lorsque nous sommes dans le domaine de la géostratégie, doit apparaître dans les prises de positions diplomatiques. Car nous ne devons jamais oublier que dans ces négociations avec un adversaire qui représente la version politique d'un régime militaire séculaire, ce ne sont jamais les jeux diplomatiques qui parviennent au but. Sans stratégie efficace et sans efforts réels, nous demeurons certes un joueur mais dont la perte est assurée.







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