Drôle de guerre Publié le : 31-03-2006
Le mémorial de Lyon prouve une fois de plus
un schéma mental classique en stratégie. L'ennemi est
dangereux tant qu'il n'est pas identifiable. Même dans le
cadre d'un conflit, il est difficile de prévoir l'impact d'une
petite guerre. Cette dernière, par nature non conventionnelle,
peut frapper à des endroits imprévisibles. La cause arménienne
a certes des ennemis héréditaires, mais elle a aussi des
ennemis de circonstance et des ennemis opportunistes. En
effet, l'inertie et le laxisme peuvent contribuer grandement à
la modification des données locales. Ensuite, celles-ci
peuvent être exploitées habilement par une structure à noyau
dur qui n'a alors besoin que de montrer sa puissance sans la
mettre véritablement en action. Par ailleurs, le fait que deux
recours au tribunal n'aient eu aucune incidence sur la
construction du mémorial pour le génocide des Arméniens, a
quelque peu désactivé la vigilance des défenseurs des droits
de l'homme, mais aussi des hommes politiques qui soutiennent
le projet. Il a suffi d'une faille dans la déclaration de
l'association responsable de la création du monument pour
permettre l'activation de l'opportunisme. L'annulation de la
permission de voirie pour une raison aussi triviale permet de
mettre en avant le fait que tout doit être scrupuleusement
vérifié lorsque le contexte est conflictuel ou peut le
devenir. Nous devons désormais nous saisir de l'affaire, unir
nos forces, éliminer nos divergences pour créer un mix
stratégique. Il est nécessaire d'avoir une cellule de crise
qui coordonne les actions à mener afin qu'elles convergent
toutes dans le même sens, à savoir l'érection du mémorial. Il
ne suffit plus de se contenter des solutions possibles, il
faut traiter les problèmes réels et accepter l'état de siège.
Nous ne pouvons plus nous contenter d'affirmer que nous sommes
tous Arméniens, nous devons désormais le prouver. Nous avons
la date butoir du 24 Avril et tout est encore possible. En
stratégie, l'impossible n'est que provisoire. Nous n'avons pas
à être consternés par l'action des ennemis de la cause
arménienne. Au contraire, ce sont les obstacles à surmonter
qui donnent de la valeur à une cause. La résistance n'a de
sens que face à l'oppression. Les innocents et les justes se
sont battus dans des circonstances extrêmes et inhumaines.
Nous, nous n'avons que l'inertie de la société et
l'opportunisme politique à combattre. Il ne faut donc pas nous
laisser aller. Le projet du mémorial, par son existence, a
montré que même les évidences et les truismes sont nécessaires
lorsqu'il s'agit de mettre en avant une cause. A présent,
cette guérilla mesquine prouve de manière irréfutable que rien
n'est joué d'avance, pas même dans un pays démocratique comme
la France. Ainsi nous réalisons que les utopies de la cause
arménienne sont beaucoup plus proches que nous n'aurions pu
l'imaginer quelques semaines auparavant. Les défenseurs des
droits de l'homme ont été frappés par deux fois coup sur coup.
Mais cela ne doit pas les affaiblir. Au contraire, cela prouve
non seulement que leur action a un sens mais qu'elle est de
plus nécessaire à tous. Car à travers le mémorial nous ne
défendons pas seulement la cause arménienne mais ce que nous
avons de plus cher à savoir l'humanité. A présent, notre
humanisme doit devenir audacieux pour ne pas être écrasé par
l'oubli et l'opportunisme.
Pr N. Lygeros
Retour aux
News
Source/Lien : Le site du Pr N.
Lygeros
|