Revue de Presse - Berlin & Lyon
: les manifestations négationnistes turques Publié le : 19-03-2006
Mémorial du génocide versus barbarie de l'oubli
Mémorial du génocide versus barbarie de l'oubli
3/04/2006
Si nous ne prenons pas garde, le caractère
fallacieux de certaines procédures juridiques peut aisément
conduire à une démocratie de la honte.
Certes le monde
juridique est un moyen efficace pour lutter contre
l'oppression des peuples. Seulement lorsqu'il est manipulé
afin de conduire à des aberrations déontologiques, il est de
notre devoir de nous révolter. La petite guerre qui est menée
à l'encontre du mémorial lyonnais du génocide des Arméniens ne
peut être qualifié autrement que de sale.
Elle est
l'exemple même, pour ne pas dire le paradigme de l'indécence
politique. L'exploitation des procédures juridiques dans le
but de nuire à une cause des droits de l'homme n'est qu'un
crime indirect. D'autant plus que nous nous trouvons dans un
cadre conflictuel qui est celui du génocide de la mémoire.
L 'histoire a maintes fois montré la validité du
schéma mental d'Elie Wiesel à savoir que la neutralité ne sert
que les bourreaux. Seulement cette fois il ne s'agit plus de
neutralité mais de collaboration latente.
Les
fanatiques de l'oubli n'en ont pas besoin de plus pour asseoir
solidement leurs arguments rhétoriques. Nous savons déjà
combien il est difficile pour une démocratie de lutter contre
un système autoritaire. Aussi que dire d'une démocratie qui
est gênée par des frictions internes ?
Il est vrai que
tout système possède des frictions et qu'il faut en tenir
compte comme le précise le stratégiste Clausewitz seulement
lorsque celles-ci nuisent les droits de l'homme, la douleur
est toujours plus grande car la justice est utilisée pour
désarmer les innocents qui ne savent porter que des pierres
tombales.
Le mémorial n'est pas un monument de la
révolte. Il se veut témoin d'un crime contre l'humanité.
Cependant les difficultés rencontrées ne peuvent manquer de
nous faire penser à L'homme révolté d'Albert Camus. Car nous
ne pouvons tout accepter. La ville de Lyon à travers son
conseil a réussi à se hisser parmi les défenseurs de la cause
arménienne et ceci ne pouvait que la grandir.
A
présent, via des actions humainement indécentes, l'esprit
français est sous le coup de nouvelles accusations qui sont
malheureusement légitimes, alors que le mémorial est le
résultat d'une culture française des droits de l'homme.
A travers la déclaration universelle des droits de
l'homme, le siècle des lumières s'est prolongé pour lutter
contre l'obscurantisme et le mémorial lyonnais représente
l'extension de son œuvre. Il constitue une nouvelle preuve de
la nécessité de l'humanisme.
Il nous faut donc
soutenir non seulement les Arméniens mais aussi les Français
héritiers de cette culture qui est la justification de
l'existence. C'est pour cela que nous devons remercier le
mémorial d'exister même si pour le moment il tarde à se
détacher de la conception. Car à travers lui, nous avons un
moyen concret pour nous unir, pour unir à nouveau les
innocents et les justes contre le génocide de la mémoire.
Il nous offre l'occasion de prouver que si nous avions
été présents au moment du génocide, nous aurions lutté contre
les bourreaux. Ainsi nous ne devons pas minimiser le rôle des
procédures judiciaires qui tentent de nuire au mémorial. Elles
appartiennent à cet ensemble d'actes qui semblent anodins en
eux-mêmes mais qui une fois réunis compose ce que nous nommons
génocide.
Nous ne luttons pas seulement pour le
mémorial mais contre un nouveau génocide, celui de la mémoire.
N. Lygeros 3/4/2006
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2006-03-20 18:06:15
Le mémorial de
Lyon
19/03/2006
Les problèmes politiques et diplomatiques
que soulève l'érection du mémorial du génocide des Arméniens
sont tout à fait révélateurs de la nécessité du combat à
mener.
De nombreuses personnes pensent qu'il n'est
plus nécessaire de créer des monuments qui commémorent le
souvenir du génocide. Le mémorial de Lyon représente un
contre-exemple à leur thèse puisque sa réalisation constitue
un défi non seulement pour les fanatiques de l'oubli mais
aussi pour les défenseurs de la cause arménienne.
Les
contestations qu'il engendre prouvent que sa création est
nécessaire. Les mouvements des organisations turques n'ont
rien de neutre. Ils sont l'expression d'un négationnisme qui
n'est pas seulement latent mais offensif.
Car
l'existence du génocide de 1915 i.e. l'élimination
systématique de 1 500 000 Arméniens n'est pas considéré comme
un fait historique. Au contraire, pour les fanatiques de la
négation, il s'agit d'une manœuvre de propagande de la part
des Arméniens. C'est contre cette insulte que nous devons
lutter.
Chaque geste, chaque mouvement, chaque
monument est un acte de résistance de la mémoire dans une
société où dans le meilleur des cas, c'est la neutralité qui
est de mise. Même les pouvoirs publics s'ils ne se sentent pas
soutenus par un mouvement solidaire envers la cause arménienne
peuvent facilement être victimes du fléau de l'élection.
Le problème éthique s'il n'est pas soutenu par une
cause dynamique, peut facilement être décontextualisé et être
intégré dans un cadre électoral. Alors intervient la question
de la masse électorale. Et dans ce nouveau cadre, la cause
arménienne ne peut lutter contre la masse turque.
Il
est donc nécessaire de mettre en place un processus légal qui
évite cette confrontation. Stratégiquement parlant il s'agit
de mettre en place une petite guerre puisque l'affrontement
est objectivement asymétrique.
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