Sur la Cilicie et Leonardo da Vinci

N. Lygeros

 

Malgré les suspicions de l’appareil turc, Leonardo da Vinci n’écrit pas seulement sur l’Arménie dans son ensemble mais aussi sur la Cilicie en particulier, comme le prouve cet extrait du Codex de Windsor.

« Du littoral méridional de la Cilicie, on peut voir au sud la belle île de Chypre, jadis royaume de la déesse Vénus ; nombreux sont ceux qui, attirés par son charme, eurent leurs vaisseaux et haubans brisés sur les récifs, dans le bouillonnement des vagues. »

Il ne faudrait pas se tromper sur la nature stylistique de l’écriture de Leonardo da Vinci puisqu’elle correspond à la tendance de son époque. L’important, c’est bien la mention explicite de la Cilicie et plus particulièrement de son littoral méridional. Ceci va dans le sens de l’ancienne appellation de l’Arménie, à savoir la terre des trois mers. Mais poursuivons l’extrait du Codex.

« Ici, la beauté de quelque douce colline invite les mariniers errants à se récréer parmi ses verdures fleuries, où passent et repassent sans cesse les zéphirs qui embaument de parfums suaves l’île et la mer environnante. Hélas, combien de navires y ont sombré ! Que de vaisseaux se sont brisés sur ces écueils. »

Cette fois, la mention de Leonardo da Vinci concerne plus précisément la partie nord de l’île de Chypre qui n’est éloignée que de 40 miles de la côte. Ceci permet de faire un autre lien tout aussi nuisible que la première mention pour l’appareil turc. Mais poursuivons.

« L’on peut y voir d’innombrables navires ; quelques uns en pièces et à moitié enfouis dans le sable ; ici la poupe de l’un, là une proue, ici une quille, là une carène ; et si grande est la masse qui couvre la rive septentrionale qu’on dirait un jugement dernier, avant la résurrection des navires morts. Les bruissements des vents nordiques, en y résonant, produisent des sons étranges et terribles. »

Sans nous attarder sur l’aspect chrétien de ce passage, qui n’est évidemment pas du goût de l’appareil turc, il est clair que Leonardo da Vinci parle de ce qui est actuellement les territoires occupés de l’île de Chypre, conséquence de l’invasion turque de 1974. L’ensemble de cette zone septentrionale qui est certainement la plus belle côte de l’île de Chypre, n’est accessible de tous que depuis 2003. Nos nombreuses missions dans les territoires occupés nous permettent d’affirmer que sur la partie qui s’étale du port de Kérynia jusqu’à la pointe de la Karpassie, nous trouvons bien d’une part des récifs et d’autre part du sable comme le mentionne Leonardo da Vinci. Néanmoins notre propos n’est pas là. L’essentiel de la gêne que produit ce type de mention vis-à-vis de l’appareil turc, c’est l’existence de l’histoire. En effet, la Cilicie est une terre arménienne et Chypre une terre grecque. L’appareil turc qui occupe l’ensemble aurait préféré tout effacer avec les invasions, néanmoins il lui est difficile d’effacer les textes de Leonardo da Vinci.

 

Sur la Cilicie et Leonardo da Vinci