Leonardo da Vinci ou l’inventeur du pastel

N. Lygeros


Lorsque nous parlons des inventions de Leonardo da Vinci, nous avons une tendance naturelle à restreindre son champ à celui de la mécanique et de l’ingénierie. Aussi nous parlons de la taille des bérets, du polissage des miroirs, et bien sûr de la machine à voler. Cependant, si nous nous intéressons ne serait-ce qu’à la peinture sans parler même d’architecture, de sculpture ou de machines de combats, il faut bien avouer que Leonardo da Vinci n’a pas seulement laisser sa marque en tant que maître de la Renaissance avec des innovations comme le sfumato, le chiaroscuro, mais aussi la notion même de perspective. En effet, le maître a aussi inventé le pastel. Il ne s’est donc pas seulement intéressé de manière passive à la couleur et aux matériaux.

« Comment faire des crayons pour colorer à sec. Fixe (la couleur en poudre) avec un peu de cire pour qu’elle ne s’émiette pas. Il faudra « dissoudre » celle ci avec de l’eau pour que quand tu l’auras mêlée avec de la céruse, l’eau distillée s’en aille en vapeur, et que la cire reste seule, et cela donnera de bons crayons. Mais sache qu’il faut avoir broyé les couleurs avec une pierre chaude.»

Leonardo da Vinci ne s’arrête pas à ce niveau de détail, il approfondit encore plus et va jusqu’à la fabrication de la couleur elle-même comme nous pouvons le constater par la suite de ses conseils.

« Pour faire une belle couleur verte, prends le vers (en poudre) et mêle-le avec du bitume et tu feras ainsi les ombres plus foncées. Puis, pour les verts plus clairs, mélange vert et ocre, et pour les plus clairs encore, mélange vert et jaune, et pour le lustre, mets du jaune pur. Puis prend du vert et du safran d’Inde ensemble, et fais en un voile par dessus tout.»

Le travail qu’il effectue sur le vert pourrait sembler élémentaire mais ce serait oublier l’utilisation du voile qui exploite la transparence de certaines couleurs pour mettre en évidence la quantité des couches. Il confirme cette tendance dans le traitement de la couleur rouge.

« Pour faire un beau rouge, prends du cinabre ou de la sanguine ou de l’ocre brûlée pour les ombres foncées, et pour les ombres claires, sanguine et vermillon, et pour les lumières, du vermillon pur, et voile avec de la laque fine.»

Pour en revenir au vert, Leonardo da Vinci ne se contente pas d’un résultat simple. Il recherche la beauté du résultat et celle-ci ne peut s’obtenir sans des connaissances techniques précises comme le montre l’extrait suivant:

« Le vert-de-gris gagne beaucoup en beauté, s’il est mêlé d’aloès caballin, et il en gagnerait encore plus avec du safran, s’il ne sublimait pas. Et on reconnait que l’aloès caballin est bon, s’il se dissout dans l’alcool chaud, qui est un meilleur dissolvant que le froid.»

Et à nouveau, il précise l’utilisation du voile.

« Et si tu as fini ton œuvre avec ce vert simple, et si tu la couvres ensuite d’une mince couche d’aloès dissous dans l’eau, elle aura une très *belle couleur. Mais cet aloès peut aussi être employé à l’huile, broyé seul ou avec n’importe quelle autre couleur à ton choix.»

Ces notes prouvent que le génie de Leonardo da Vinci a un substrat analytique mais il est ensuite capable d’effectuer une synthèse pour atteindre l’universalité qui le caractérise.