Les instructions secrètes de la Sublime Porte au plénipotentiaire Carathéodory

N. Lygeros


En étudiant attentivement le rapport secret d’Alexandre Carathéodory sur le Congrès de Berlin de 1878, il nous a été possible de découvrir les instructions secrètes de la Sublime Porte. Celles-ci comportent 5 points :
1) Obtenir la ligne des Balkans
2) Conserver à l’Empire la forteresse de Varna
3) Empêcher une extension trop grande du Monténégro et de la Serbie du côté de l’Albanie
4) Obtenir la rétrocession de Batoum et de la vallée de l’Alashguerd en Asie
5) Libérer la Turquie de toute indemnité pécuniaire envers la Russie.
Selon l’analyse du principal plénipotentiaire Alexandre Carathéodory, une seule de ses instructions était possible ou plus précisément négociable avant le Congrès de Berlin. Il s’agit de l’instruction 2 qui concerne la forteresse de Varna. En réalité, cette pensée prouve que même le plénipotentiaire principal n’avait pas une connaissance précise des données géostratégiques. Comme nous le savons, la forteresse de Varna jouait un rôle plus que symbolique dans la région aussi la volonté ottomane était tout simplement utopique. De plus, c’était sans compter sur le caractère implacable de Bismarck qui avait des positions très dures envers la diplomatie ottomane, comme le prouve la citation suivante : « A proprement parler, disait-il aux plénipotentiaires ottomans, vous n’avez pas de principes dirigeants dans votre diplomatie. Vous vous laissez guider par l’instinct, selon les occasions. Vous croyez que les ennemis de vos ennemis sont vos amis, règle pour la plupart du temps erronée, inapplicable surtout en Turquie où chaque puissance a des intérêts à elle et pourtant la seule que la Porte semble suivre. »
Aussi le déroulement du Congrès démontra que même cette instruction n’avait de sens. Bismarck rendit visite aux trois plénipotentiaires ottomans, de manière très officielle avec son casque à pointe, et ce, durant une heure. Par ce biais, il imposa son dogme stratégique appuyé par la défaite ottomane contre la Russie, aussi il ne laissa aucune possibilité de négociation ultérieure. Alexandre Carathéodory a bien proposé aux deux autres plénipotentiaires de changer de stratégie et de proposer un contrôle allemand pour la forteresse de Varna cependant ces derniers ont trouvé cette approche par trop libérale et la Sublime Porte n’y a même pas répondu. Nous savons que par la suite Alexandre Carathéodory a demandé officiellement à être remplacé mais ceci ne lui a pas été accordé. Aussi en examinant l’ensemble du contexte diplomatique, il nous est désormais plus facile de comprendre que la Sublime Porte voulait que ce jeu perdu d’avance, soit perdu par un diplomate chrétien qui pouvait facilement être accusé par la suite de ne pas avoir été à la hauteur en raison de son origine grecque et de sa religion chrétienne qui tendent à lui faire opter des choix qui vont dans le sens des puissances chrétiennes et du petit état grec. En somme, la lecture des instructions secrètes de la Sublime Porte, démontre la taille de l’impasse diplomatique dans laquelle celle-ci avait placé ses « prétendus » plénipotentiaires.