Transcription de la lettre d’Alexandre Carathéodory à Stéphanos Chryssidhys du 8 Novembre 1889

N. Lygeros


                        Samos. Le 8/20 Nov. 89

            Mon cher Chryssidy Effendi.
Reçu votre lettre du 1/13 Nov.
Je vous remercie pour vos démarches
auprès de S.A. Il est très naturel
que S.A. au milieu de ses nombreuses
occupations n’ait pas encore cru
devoir vous accorder une audience.
J’ai lu l’entrefilet de l’Εφημερίς.
C’est réellement déplorable. Evidem-
ment on travaille en Grèce à
embrouiller la situation. Cette
malheureuse affaire de Crète con-
tinue à agiter les esprits. La
presse en Grèce jette feu et flammes
et malgré son impuissance elle ne


contribue pas peu à obscurcir les
idées. J’en ressens les effets tous
les jours. Mais que faire ? Pour
comble de malheur je suis pris en
plein travail électoral. La S.P.
doit être naturellement au courant
des visées politiques qu’il s’agirait d’
enrayer. Ont-elles l’appui de quelque
puissance ne l’ont-elles pas ? Le
discours de Mr Tricoupis n’est
rien moins qu’une déclaration de
guerre à échéance indéterminée. Mais
il parle aussi de son désir de
maintenir de bonnes relations avec
la Turquie ! Il est possible que je
me trompe. Mais je ne vois que


nuages à l’horizon. Question Bulgare,
question Egyptienne, attitude
provocatrice de la Grèce, etc. etc. E-
videmment la période de calme apparent
que nous traversons aboutira à quelque
crise, si la sagesse des gouvernements ne
parvient pas à mettre en attendant de
côté les éléments de trouble qui sont
en fermentation. Le grand coupable c’est
bien l’Europe. Mais peut-on lui reprocher
quelque chose dans l’état de méfiance
et de *** où se trouvent les
principaux états les uns vis-à-vis
des autres ? Le fait est qu’on ne
peut plus compter que sur ses propres
forces. Excusez ma prolixité, c’est
l’Εφημερίς qui en est cause. Dans cette


cette circonstance il n’y a pas à douter
que les personnes qui se trouvaient
à Athènes et dont deux sollicitent
la place de professeur ont dû renchérir
sur la pensée des sénateurs qui ne
visait qu’un simple compliment, et
que le journal de son côté a renchéri
sur leurs paroles. Ce que je trouve
de beaucoup plus grave c’est la
réponse directe du Roi aux Sénateurs
mais c’est là une question qui dépasse
ma compétence. C’est de tout point
déplorable.
Merci pour le Dictionnaire. Je
ne sais si nous pourrons nous en
servir la transmission de télégrammes


en langage de convention étant
défendue sur nos lignes. Dans
tous les cas paginez-le en
commençant par la page qui
manque 00 au mot géométrique.
Ce sera notre première page. La
pagination continuera à partir
de cette page jusqu’à la fin
du Dictionnaire et se continuera
en reprenant du commencement.

                         Tout-à-vous

                         Al Carathéodory

 

*** Note : mot non déchiffré