Transcription de la lettre d'Alexandre Carathéodory à Stéphanos Chryssidhys du 4 Septembre 1890

N. Lygeros


                       Le 4/5 Sept. 90
            Mon cher Chryssidy Effendi.

Ainsi que j’ai l’habitude de faire pour
tout navire de guerre étranger se pré-
sentant dans notre port j’ai porté
par télégraphe à la connaissance de
S.E. le Ministère de l’intérieur que
le brick-école hellénique « Aris » étant
arrivé ici le 27 Août est parti le 4 sept.
Pendant la semaine que ce navire a
passé dans notre port j’ai échangé
avec le commandant une visite d’
étiquette et quant au reste la conduite
des autorités, de l’archevêque des
sénateurs etc. a été très correcte
vu qu’ils se sont bornés à cet échange


de politesses auquel ils ne pouvaient
se dérober. Il n’en est pas moins
vrai que de pareilles visites ne
sont que désagréables à l’esprit public.
Dans toutes les villes, il existe un
certain nombre de désoeuvrés, d’exaltés
et disons le mot de fous, mauvais
éléments que la vue d’un navire de
guerre excite au grand déplaisir
des gens sensés et raisonnables. L’
autorité peut sévir contre un ou
deux, elle fait son devoir en les
emprisonnant, mais outre que de
pareils actes sont toujours regrettables
lorsqu’ils s’accomplissent sous les


yeux des étrangers, ils laissent
toujours une impression fâcheuse et
donnent lieu à des commentaires dont
il vaut mieux se passer, heureuse-
ment rien n’est survenu qui mérite
la peine d’être noté. Quelques hellènes
et quelques hellènes-Samiens ont lancé
deux ou trois fusées, ont crié Zito
à l’arrivée et au départ du navire,
ils ont bu avec les aspirants, etc.
Comme dans le nombre il n’y avait
que des personnes sans conséquence
et je le répète, des hommes connus
comme demi-fous, tout cela ne
mérite pas la peine qu’on y insiste
autrement que pour signaler l’inconvé-
nient de pareilles visites. Je ne sais


si les navires de guerre ont partout
la faculté de se promener dans les
ports étrangers et d’y séjourner à volonté.
Mais ne serait-il pas à souhaiter
qu’au moins le Gouvernement Central
en fût prévenu, qu’il connût d’avance
les lieux qu’ils entendent visiter afin
qu’il pût se faire d’avance une idée
du plus ou moins d’opportunité d’
une pareille apparition.. Les grandes
villes, les grands ports sont par leur
nature même les endroits les plus
aptes à recevoir les visites des
navires d’états étrangers ; quant aux
petites localités, en dehors des


cas de nécessité je pense qu’il
serait mieux qu’elles fussent à l’
abri de ces émotions, surtout
lorsqu’elles menacent de devenir
fréquentes. Ne vous étonnez pas du
développement que je donne à ces
idées ; elles me sont naturellement
suggérées par les faits qui tombent
sous mes sens et je voulais vous
mettre au courant afin que vous
de votre côté lorsque l’occasion se
présentera, vous ne négligiez pas
de diriger dans ce sens, les idées
des personnages avec lesquels
vous pourriez avoir à causer.


Le gouvernement hellénique
devrait éviter de fournir prétexte
à ces désagréments. De notre
côté je pense que nous ne devrions
pas négliger de faire en sorte
que les causes qui les font naître
fussent écartées.

                       Tout à vous
                       Al Carathéodory

Ainsi si l’on causait à Consple [=Constantinople]
de la présence d’Aris à Samos
ou si les journaux Athéniens
s’avisaient de donner à la chose
Dieu sait quel caractère fantastique
vous savez à quoi vous en
tenir et à éclairer au besoin                                Note : mot souligné par A. Carathéodory
les autres.