Transcription d'une lettre des archives d'Alexandre Carathéodory

N. Lygeros


Ce 10/22 Mars 1896.
Athènes.

            Ma très chère Cassandra

Je suis on ne peut plus heureuse
de pouvoir t’adresser enfin
des félicitations. Ce n’est qu’hier
que j’ai appris par mes nièces
Antonopoulo, les fiancailles de ta
chère sœur Catherine et cette nou-
velle m’a beaucoup réjouie. Un
événement aussi heureux, change
le cours des idées de toute la jeu-
nesse et je pense qu’elle va répan-
dre un peu de gaité autour de
vous, ce qui ne peut que vous faire
plaisir. Je crois avoir vu le jeune
homme chez vous autrefois, mais en
tous cas je connais sa sœur et sa famille.

Je ne doute point que le choix de ta
charmante sœur, soit, en tous points,
heureux et qu’elle trouvera dans
son nouvel intérieur tout le bon-
heur qu’elle mérite par tant de
qualités. De nos jours il est très dif-
ficile de bien placer une jeune
fille surtout à cause de l’éducation
si soignée qu’elles reçoivent dans
nos familles. Enfin ! que le bon Dieu
fasse tout pour le mieux et que
le nouveau couple soit béni et
heureux. Je te prie de remettre l’
incluse à ta chère sœur avec toutes
mes tendresses. C’est par les jour-
naux que nous avons appris le re-
tour de mon cher frère au milieu
de vous. J’espère en Dieu qu’il est

arrivé en bonne santé et que le
mal qui l’a tant tourmenté dispa-
raîtra grâce à tous les bons soins dont
il sera entouré. Bien que le plaisir
de se sentir dans un cercle aussi
tendrement aimé, ne peut qu’avoir
une heureuse influence sur sa pré-
cieuse santé. Nous avons passé par
tant d’inquiétudes ! Que Dieu vous pro-
tège et vous épargne désormais
les anxiétés de ce genre ! Je te prie
de transmettre toutes mes tendresses
à mon bien cher frère ainsi que
toutes mes félicitations sur son ré-
tablissement. Encore une fois, que Dieu
veille sur vous ! Excuse-moi si je
ne vous écris pas plus souvent, mais
même le peu de lettres que je vous

adresse pour avoir de vos nouvelles
sont restées sans réponse et je ne
veux pas vous paraître importune.
Grâce à Dieu nous jouissons tous
d’une bonne santé, après un horrible
hiver et des indispositions de tous genres.
Lucie a été encore malade la semaine
dernière, mais elle s’est remise à
temps pour assister à l’ouverture du
Stadium. Comme grandeur et dis-
position, il ne laisse rien à désirer.
Malheureusement le temps a manqué
et ce n’est pas encore terminé mais
on espère que ce sera prêt pour Pâ-
ques, lorsque les étrangers arriveront.
On ne peut jamais se faire une idée
de l’immensité de cette enceinte,
si on ne l’a pas vue. Je te dirai seu-

lement qu’hier à l’ouverture plus de
17 mille personnes assistaient et cepen-
dant c’était presque vide. De toute façon
on voit admirablement et personne, même
ceux qui sont assis aux derniers degrés
ne peuvent se plaindre de ne pas voir.
Quelle œuvre admirable ! Je trouve que
rien que pour admirer le Stadium, cela
vaut la peine, lorsqu’on a les moyens,
de venir de très loin. Pour le reste
tout laissera à désirer, car ce n’est
pas facile de combiner de pareilles
fêtes, surtout après tout ce qu’on voit
à l’étranger ces derniers temps. Puis
l’argent manque et il ne faut pas
oublier que nous vivons dans un siècle
où tout s’obtient par les moyens pécu-
niaires et où les spectacles deviennent

une question de dépense. On a fait tout
ce qu’on a pu, mais ce n’est pas beau-
coup. Malheureusement le froid est
revenu ces derniers jours et les pauvres
athlètes souffrirons cruellement si
cela continue car ils sont si légère-
ment mis. Avec toutes nos indispositions
et nos obligations, j’ai très peu vu les
Phalériotes ces derniers temps. Sma-
ragda vient très rarement à Athènes.
Cela ne lui fait aucun plaisir et
Hélène a tant de monde à voir lors-
qu’elle se décide à quitter sa retraite
que nous n’avons pas pu nous ren-
contrer depuis presque deux semaines.
Enfin avec le beau temps nous re-
prendrons le chemin du Phalère et
notre recherche aussi. Que fait toute

la jeunesse autour de toi ? Anne
s’occupe-t-elle de son piano ? Je l’es-
père, car ce serait bien dommage de
le négliger du moment qu’elle joue
si bien. Dis-lui pour l’encourager que
Lucie s’occupe beaucoup de son
chant. Elle devait chanter ce soir
chez les Schlieman, mais malheureu-
sement, elle souffre un peu de sa
gorge et doit renoncer à se faire
entendre. Je le regrette, car elle a
une assez jolie voix et chante avec
beaucoup d’âme. Malheureusement
elle a très peu l’occasion d’entendre
de la musique ici. Nous n’avons pas
même un théâtre et cela la désespère
car elle aime la musique avec pas-
sion. Mes plus tendres baisers à toutes

les charmantes jeunes personnes qui
t’entourent. Je suppose qu’Euphrosyne
est enchantée du retour de son père
étant la Benjamine et pour cela même
ayant plus de droits à ses caresses.
Etienne est-il toujours auprès de vous ?
Je te prie de lui transmettre toutes
mes affectueuses amitiés, ainsi qu’à
ton cher frère qui a tous les droits à
notre reconnaissance. Lucie et Stefa-
ni vous baisent les mains et embrassent
leurs chers cousins et cousines.
Pour toi, ma chère Cassandra, après
t’avoir serré contre mon cœur
je t’envoie toutes mes tendresses
en me disant toujours ta toute
dévouée sœur et amie.
                                                   Marie

Constantin te baise les mains.