Du point de vue européen, il
n’est certes guère important d’effectuer une conférence aux Etats-Unis et même
à l’université d’Harvard en ce qui concerne des problèmes de politique
intérieure de l’Union. Car la conférence n’a en elle-même aucune valeur
juridique. Cependant lorsqu’il s’agit de la candidature orientale, le propos
n’est plus anodin car les Etats-Unis sont des fervents défenseurs de celle-ci.
Le geste du président de la commission européenne n’est pas dénué de sens même
s’il est hors contexte européen. Il permet de mettre en avant, toujours de
manière diplomatique, le problème de la reconnaissance du génocide. Le
président a tout d’abord mentionné les violations des droits de l’homme au sein
du pays, à travers l’existence des minorités nationales. Ceci lui a permis de
faire une allusion directe au problème des Kurdes. Cependant le point le plus
important de sa conférence concerne l’Arménie.
Il est vrai que le ton ne manque
pas d’intérêt puisqu’il exploite à merveille ses capacités diplomatiques. La
meilleure preuve est l’analyse avec la Grèce. Le président qui connaît bien la
réalité des choses entre la Grèce et la Turquie où nous avons le problème du casus belli pour les 12 miles, les zones
grises pour certaines îles de la mer Egée, les tensions à Constantinople, les
crimes commis dans les îles de Imvros et Ténédos, les revendications illégales
du consulat de la Turquie en Thrace, etc., se permet d’utiliser la Grèce comme
exemple à suivre dans les processus de bon voisinage. Nous ne pensons pas que
ce soit véritablement un exemple effectif pour l’Arménie. Mais il est vrai que
du point de vue diplomatique tout se passe apparemment pour le mieux dans le
meilleur des mondes comme dirait le Candide de Voltaire. L’intérêt pour le président
de jouer le rôle du candide, c’est de
mettre en évidence que les problèmes avec l’Arménie sont encore plus importants
que ceux qui opposent la Turquie a son traditionnel ennemi à savoir la Grèce.
Et la grande différence se situe au niveau du génocide. Car avec le génocide,
plus rien n’est comparable. Ainsi le président met indirectement l’accent, et
ce malgré son ton diplomatique, sur le point le plus important. La
reconnaissance est nécessaire à toute évolution de la situation.
L’Union Européenne via ses
principales infrastructures, à savoir le Conseil, la Commission et le
Parlement, converge stratégiquement parlant vers un même but pour la cause
arménienne. Néanmoins, il ne faut pas pour autant minimiser l’envergure des
problèmes. Car la levée du blocus, même si du point de vue européen elle ne
représente qu’un facteur économique, représente une difficulté insurmontable
pour la Turquie, car elle signifierait une libre échange entre l’Arménie
occidentale et l’Arménie orientale, en d’autres termes des échanges au sein de
l’Arménie historique. Aussi, les implications ne sont pas seulement
économiques. Cela bien sûr ne signifie pas que le facteur économique ne peut
jouer un rôle catalytique. Au contraire, les facteurs non historiques sont des
moteurs puissants dans des systèmes dominés par la diplomatie. Mais nous devons
les exploiter de manière efficace. Il ne faut donc pas se contenter d’une
conférence sur le sol américain, il faut obtenir des organes de l’Union
Européenne que la cause arménienne, et en particulier la reconnaissance du
génocide, devienne un critère non seulement pour une adhésion mais aussi
pour une simple candidature !