La diplomatie anglaise cumule des mandats mais toujours avec
le même style. Elle est d’une part sensée être une force de garantie pour l’île de Chypre
ce qui n’a pas été le cas en 1974, sans parler de sa
prétendue neutralité dans le processus de la recherche d’une
solution viable pour le conflit. Elle est d’autre part sensée être
la présidence de l’Union Européenne pour ce semestre et doit
suivre les directives qui correspondent à ce rôle. Cependant la
question orientale a mis en exergue sa
manière de voir les choses et son sens aigu de la politique nationale.
Ceci est particulièrement frappant avec le problème juridique de
la reconnaissance de la Démocratie Chypriote.
En effet dans le cadre de la recherche d’une solution pour ce problème
somme toute simple sur le plan juridique, elle adopte des méthodes bien
particulières qui ressemblent plus au principe diviser pour régner, qu’à un système
fédérateur. Tout d’abord, elle exclut Chypre des pourparlers
qu’elle effectue uniquement avec la France qu’elle considère comme
l’ennemi le plus dynamique contre l’entrée de la Turquie dans l’Union
Européenne. Ensuite, elle tente d’imposer sa manière de voir en
expliquant qu’elle a désarmé la diplomatie française et
qu’elle a trouvé un compromis qui est à prendre ou à
laisser pour l’ensemble des autres pays membres de l’Union Européenne.
De cette façon, elle évite soigneusement une véritable
discussion à 25. Elle se contente d’isoler la victime d’une part et la
perturbation singulière d’autre part afin de convaincre l’ensemble des
autres en imposant en force sa volonté. Seulement, cette manière
d’aborder le problème ne tient pas compte des liens historiques qui
existent entre certains états-membres qui ne sont pas prêts
à se laisser influencer de façon si docile. Le cas de l’Autriche
est révélateur en soi. Mais nous pouvons ajouter aussi celui de
l’Allemagne qui sera plus stable après les élections du
Bundestag. Sans oublier la Grèce qui malgré ses
réticences, ne peut complètement abandonner le problème de
la reconnaissance de Chypre. En réalité, le dogme anglais
affronte déjà une série d’accords tacites qui proviennent
de l’initiative commune de certains états. A laquelle il faut aussi
ajouter un lobby arménien transfrontalier qui joue le rôle de
catalyseur de réactions positives en matière de la défense
des droits de l’Homme. Pour les spécialistes en stratégie, le
dogme anglais est complètement artificiel. Il s’agit plutôt d’une
projection au sens psychologique du terme qui ne tient compte que du point de
vue britannique et non du cadre européen. Le Luxembourg via son premier
ministre avait émis de sévères critiques à
l’encontre de ce type de méthodologie car elle est essentiellement destructrice.
Cependant ici elle doit s’appliquer à un cadre constructif aussi il ne
suffit pas à la diplomatie britannique de s’en tenir à ses
intérêts, elle doit trouver un consensus dans un cadre où
de nombreux pays sont tentés d’appliquer sa méthode pour
réfuter ses initiatives !