En stratégie, dans le cadre de la manuvre relationnelle, nous
connaissons tous l'exemple du débarquement de Gallipoli en 1915 qui fut
une tentative avortée selon les propres termes de Edward Luttwak, pour
contraindre l'Empire Ottoman à abandonner sa participation au conflit
mondial, en exerçant une menace directe sur Istanbul. Pourtant, ce fait
est absent dans le discours de Jack Straw comme si ce dernier avait peur
que les membres de l'Union Européenne ne découvrent ou ne réalisent que
la Turquie s'était alliée au régime de l'axe durant cette première
guerre
mondiale exactement comme elle l'a fait par la suite avec le régime nazi.
En effet, il est très facile de ne choisir que quelques dates pour les
exploiter comme éléments dans une augmentation fallacieuse. Il est
cependant nécessaire de vérifier que ces dates sont révélatrices pour
l'ensemble du comportement d'un système. Les coalitions elles-mêmes
doivent analysées doublement pour être véritablement comprises. Il en
est de même pour l'appartenance de la Turquie à l'organisation de l'OTAN
puisque celle-ci n'a aucunement empêché ce régime de se comporter en
barbare à l'égard de ses pays voisins. Car cette appartenance provient
entre autres de la volonté américaine d'avoir une véritable plateforme
d'opération afin d'être
au plus près possible de la zone critique du Moyen-Orient. Aussi cette
appartenance n'est pas une preuve de la caractéristique européenne de la
Turquie, mais au contraire de son appartenance au Moyen-Orient. De plus
l'Union Européenne ne représente pas une structure semblable à celle de
l'OTAN qui porte encore les marques historiques de la guerre froide. Par
contre, dans le cadre d'une vision outre-atlantique qui est préférée
par la diplomatie britannique, l'OTAN représente un bon modèle pour
l'Union Européenne. Il est donc nécessaire de remettre en cause ce type
d'analogies qui ne correspondent en rien à la pensée européenne qui
partage des valeurs et des éléments culturels qui se fondent sur les
Droits de l'Homme et les acquis du Siècle des Lumières. Le discours de
Jack Straw n'est qu'une vaine tentative d'imposer un dogme dépourvu de
sens. La Turquie tant qu'elle ne reconnaîtra pas ses crimes de guerre et
contre l'Humanité ne pourra faire partie d'une structure telle que celle
de l'Union Européenne. Les discours diplomatiques ne changent rien car
l'histoire est là et avec elle, ses témoins du passé. Conscients de la
barbarie que représente le système turc, le penseur européen ne peut
accepter de négocier son éthique, sous prétexte d'intérêts locaux.
L'Union Européenne fondée sur le principe de diversité se doit de
protéger ses peuples des régimes autoritaires qui se croient tout permis
car ils ont fait de la guerre, leur politique extérieure.