Il est sans doute quelque peu
inconfortable de réfléchir sur la remise en cause, cependant comme l’a souligné
Castoriadis il s’agit sans doute de l’apport principal de l’hellénisme mais
aussi de l’Europe vis-à-vis du monde. C’est pour cette raison que nous voulons
ici l’analyser à travers ce point de vue.
Il est nécessaire tout d’abord de
préciser que la notion de remise en cause n’est pas négative en soi. Nous la
considérons comme un élément spécifique de la procédure noétique de feedback.
Il s’agit en d’autres termes d’une prise de conscience d’un acte pensé qui
engendre une post-réflexion de manière à créer un nouveau cadre de pensée.
Ainsi le processus réflexif renforce le processus de réflexion. En l’absence de
cela, la création de ce que nous appelons dogme, dans le sens négatif et non
stratégique du terme, est tout simplement inévitable. Et cela est général
quelque soit le contexte aussi bien philosophique que religieux, aussi bien
humain que social. La remise en question apparaît donc comme un processus
nécessaire. Cependant nous devons préciser dans quel sens elle peut constituer
un apport.
Bien que cela puisse paraître
paradoxal en termes de difficulté, le plus facile pour s’initier à l’apport que
représente la remise en question, c’est le raisonnement par l’absurde. En effet
dans cette manière de faire la proposition n’est pas démontrée directement. Au
contraire, elle est directement remise globalement en cause afin d’examiner les
conséquences de cette optique. Le raisonnement se déroule ensuite comme tout
raisonnement mathématique selon un processus formalisé dans la théorie des
séquents en logique. Et il aboutit enfin à une contradiction qui prouve alors
que la proposition initiale était bien correcte. De cette façon il est clair
que la remise en question représente un acte cognitif qui renforce a posteriori une idée.
Cependant son apport peut être
encore plus subtil et pour le constater nous pouvons nous appuyer sur la
théorie des jeux et en particulier des jeux continus dans le cadre découvert
par Stackelberg. En effet ici chacun des joueurs a une stratégie pour maximiser
son gain. Pourtant si le premier joueur joue effectivement avant l’autre alors
il peut estimer la stratégie adoptée par le second qui connaît son mouvement.
Ainsi dans un cadre pourtant orthologique, nous avons le paradoxe suivant.
Alors que c’est le second joueur qui a le plus d’informations par rapport à un
jeu synchrone, le premier joueur en s’appuyant sur le fait que son mouvement va
être utilisé par le second peut sensiblement améliorer son propre gain tandis
que ce n’est pas forcément le cas pour le second joueur. Cette fois la remise
en cause vient apporter des informations inconnues initialement afin
d’améliorer la stratégie initiale.
Enfin la remise en cause
constitue un apport encore plus important dans le cas où la position est
erronée dans le sens qui affecte le raisonnement initial et sert cette fois de
filtre qui va repérer les défauts de la structure initiale. Elle correspond
dans ce cas à la notion de certificat que nous avons en théorie des nombres au
sujet des nombres premiers potentiels.