Déficience et douance : quand les
différences se rejoignent
N. Lygeros
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Le problème générique de l'enseignement à des enfants qui ont une
déficience en termes de quotient intellectuel ou à des enfants
surdoués, c'est la spécificité. Globalement l'enseignement tel
qu'il est conçu par les états est essentiellement un enseignement
de masse qui s'adresse à la masse au sens normatif du terme. Aussi
le contrat didactique exclut a priori la possibilité de
différenciation des individus et donc ceux qui ont besoin d'un
enseignement spécifique sur le plan cognitif lorsqu'ils arrivent
à le démontrer doivent trouver un centre spécialisé ou accepter
le décalage de l'âge scolaire. Dans les deux cas que nous traitons
dans cet article, la solution la plus courante consiste simplement non
pas à modifier l'enseignement dispensé mais à déplacer l'élève dans
le cursus scolaire. Il assiste donc au même enseignement de masse
seulement ce dernier est temporellement décalé. Par les contacts
que nous avons établis dans les deux cas de figure, nous avons pu
constater l'inadéquation du système. Même si le cas des enfants
surdoués semble plus abstrait et moins consensuel, il n'en
demeure pas moins qu'il se retrouve dans la même situation que
celui des enfants qui ont une déficience. Ceux-ci sont officiellement
mieux acceptés par la société mais en réalité les faits didactiques
montrent qu'ils sont essentiellement abandonnés à eux-mêmes. Car
ils se retrouvent dans des conditions qui ne peuvent que diminuer
un individu même si ce dernier n'avait initialement aucune
déficience. Le refus d'une scolarisation spécifique pour des
prétendues raisons de socialisation ne trompe personne. Celui-ci ne
représente un intérêt que pour les parents qui ne peuvent assumer
leur rôle et pour la société dans son ensemble qui se contente
de rembourser la présence d'un handicap. Dans les deux cas
l'enseignement est essentiellement perçu comme inutile. En effet
l'argument avancé pour les enfants surdoués, c'est que la
véracité de l'état leur permet justement de dépasser les
contraintes scolaires même si cette idée est en contradiction
avec le fait que par exemple en France, un enfant surdoué sur
trois est en échec scolaire. Quant aux enfants qui ont une
déficience, le fait de considérer leur vie comme misérable
justifie {\it a priori} toute sorte d'enseignement puisque tout
est bon à prendre. Il est bien sûr inutile de dire que nous nous
opposons vivement à ces deux attitudes et que non seulement nous
préconisons un enseignement spécifique mais nous tentons de le
dispenser et de le faire dispenser dans l'ensemble des endroits
que nous avons été amenés à visiter que ce soit en France, en
Grèce ou à Chypre. Le paradoxe général, c'est que la société
d'une part néglige globalement les enfants surdoués alors que
localement tout le monde désire leur reconnaissance et d'autre
part elle s'intéresse globalement aux enfants qui ont une
déficience alors que localement tout le monde évite leur
reconnaissance. Ainsi malgré les différences profondes qui
existent entre ces deux cas, en les marginalisant, la société
les place dans la même situation d'échec. Socialement parlant,
la déficience et la douance représentent le même phénomène. Le
problème n'est pas tant là puisque cela semble être une
conséquence des démocraties de masse mais dans la similitude
du traitement sur le plan didactique.