La Tour de Hanoï en tant qu'outil cognitif
N. Lygeros
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En psychologie cognitive, dans le domaine de la résolution de problèmes nous
avons deux écoles de pensées principales pour l'explication des processus cognitifs
impliqués dans cette activité : d'une part l'approche fonctionnaliste de l'école
genevoise qui est considérée comme néo-piagétienne et d'autre part l'approche du
traitement de l'information. Cependant lorsque nous recherchons des heuristiques
efficaces et ce, même au niveau de la recherche, seule la seconde permet de dépasser
les difficultés rencontrées. Aussi, dans cet article, nous n'aborderons notre problématique
que via ce biais. Dans l'approche de Newell et Simon, le problème surgit de l'écart qui existe
entre un état de fait et un état souhaité. Et l'étude de la résolution de problèmes se ramène à
celle de la compréhension. Ce processus intègre diverses connaissances dans une
représentation mentale qui intègre l'espace du problème et l'ensemble des méthodes
activées par la recherche de la solution. Dans ce cadre nous distinguons généralement
trois catégories principales de problèmes : ceux de transformation, ceux d'induction de
structure et ceux d'arrangements, même si certains problèmes comme le jeu d'échecs sont
mixtes et appartiennent à deux catégories. Par contre la tour de Hanoï est un problème de
transformation d'état par excellence. L'avantage de ce problème, c'est que son énoncé est
élémentaire même pour des élèves en difficultés et que son espace problème est relativement
important. Ainsi il offre un spectre d'étude sur le plan cognitif, suffisamment important
pour déceler les heuristiques défaillantes, mais surtout pour étudier les choix méthodologiques
des testés. En effet, dans ce problème la solution peut être apportée par l'heuristique de
réduction de l'écart au but, l'analyse du résolveur général de problèmes, l'analyse régressive
ou encore l'analogie. De cette manière, nous
pouvons étudier de façon élémentaire la conception de degrés d'abstraction croissants, le
déclenchement de règles d'inférences et la mise en oeuvre de stratégies pratiques. La simplicité
de ce problème offre aussi la possibilité d'expliciter le polymorphisme des activités mentales
sans nécessiter une grande mémoire qui représente un handicap pour les élèves qui ont une
déficience au niveau du quotient intellectuel. Comme toutes les étapes du problème sont visuelles,
l'élève peut voir de manière interactive ce qu'il effectue aussi il peut corriger en temps réel
un choix de trajectoire inopportun ou erroné. Cela permet aussi à l'enseignant de visualiser
toutes les étapes de ce processus sans être obligé d'inférer sur les raisons et les choix de l'élève.
Cette description explicite et à la fois minimaliste semble très efficace dans le cadre
d'apprentissages initiaux mais aussi dans la mémorisation d'un algorithme de résolution.
Enfin si ce problème est effectivement inaccessible par l'élève pour une raison spécifique
il peut facilement être modifié et simplifié pour se ramener au problème de la tour de
Londres qui permet d'engendrer de nombreuses configurations de sous-problèmes. Par cette
nouvelle variante, l'enseignant peut mesurer les progrès de son élève quant à son raisonnement
et sa manière d'appréhender diverses contraintes. C'est pour l'ensemble de ces raisons que
nous conseillons vivement l'exploitation de ce problème pour des enfants en difficultés.