Des frictions à la stratégie via la robustesse
N. Lygeros
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Dans la recherche d'une solution à un problème d'ordre pratique, un point qui n'est pas
suffisamment traité, c'est celui des frictions. Nous entendons les frictions dans le sens
avec lequel Clausewitz les a introduites en stratégie militaire d'une part mais de manière
plus générale sur le plan systémique d'autre part. De cette façon, nous considérons les
frictions comme l'ensemble des problèmes internes à un système une fois qu'il est en
contact avec le monde extérieur. Ainsi la notion de solution peut être interprétée comme
un segment de l'évolution de ce système au sein de contraintes et il est nécessaire de
lui associer l'idée de robustesse dans le cadre d'un problème d'ordre pratique. En effet,
une solution peut être optimale sans être robuste. Pour cela, il suffit qu'elle représente
un équilibre instable dans l'espace problème i.e. elle sera extrêmement sensible aux
frictions. Le problème est alors de savoir s'il faut préférer une solution optimale ou une
solution robuste. Le choix dépend bien sûr des contraintes extérieures mais aussi des
données internes. Par exemple, si la solution représente une réalisation collective, la
solution robuste sera préférable. Car la moindre perte d'information au niveau local i.e.
pour l'un des membres du groupe, peut engendrer au niveau global une catastrophe
au sens de Thom. A l'instar d'un système à flux tendu. Il est par ailleurs évident que plus
nous nous éloignons de l'optimal plus la solution est robuste mais le problème du choix
demeure car cette fois il faut choisir la distance à l'optimal et effectuer donc une
considération conceptuelle. Toujours dans le cadre d'un problème d'ordre pratique, il
faut admettre que les frictions représentent un paramètre irréductible. Elles sont
indissociables au problème et leur exclusion est tout simplement une utopie simpliste.
En partant donc du principe de leur existence nécessaire, le but n'est donc plus de les
éliminer mais de les gérer de manière efficace via la notion de robustesse. Cependant
en dernier ressort, il existe toujours un choix stratégique à effectuer. Car une solution
non robuste est dangeureuse et une solution trop robuste est essentiellement inefficace.
En interprétant cette problématique dans le cadre de la théorie des jeux, nous remarquons
que ces deux choix extrêmes correspondent aux cas traités par von Neumann et
Morgenstern, alors que les intermédiaires sont les analogues de la problématique de Nash.
Ainsi, il est naturel de rechercher dans l'espace des états possibles, l'équivalent d'un
équilibre de Nash qui n'est pas forcément orthodoxe mais qui permet de réaliser le
meilleur résultat possible lorsque la résolution doit être collective. Le problème, c'est qu'il
faut encore coder l'aspect cognitif du problème afin de le traduire totalement dans la
terminologie de la théorie des jeux. Et c'est ici qu'intervient sans doute le plus la stratégie
au sens de l'art et non de la science car tous les paramètres ne peuvent être numérisés
de manière sinon évidente du moins canonique. Ainsi dans un problème d'ordre pratique
via les notions de frictions et de robustesse et une approche semblable à la théorie des
jeux, en explicitant l'aspect cognitif du problème nous mettons en évidence le rôle de
la stratégie et plus spécifiquement dans les solutions de type collectif.