De la difficulté de la simplicité en didactique
N. Lygeros
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L'avantage d'un enseignement dans des conditions
extrêmes i.e. avec des élèves en grande
difficulté, c'est de mettre en évidence de
manière explicite la difficulté de la simplicité.
Car ce qui est simple est loin d'être simpliste.
Bien souvent les difficultés rencontrées dans
l'apprentissage proviennent de la non
compréhension de données simples. De plus, ce
qui nous semble simple en matière d'enseignement
est plutôt le résultat d'un accord tacite entre
l'élève et le maître que le fruit de la
simplicité. Nous pourrions dire que le cours
se déroule comme si auparavant il y avait eu
des négociations sur le statut de la simplicité
telle qu'elle est perçue par la majorité de la
population. Seulement dans le cas d'élèves en
grande difficulté et en particulier d'enfants
avec un déficit en matière de quotient
intellectuel, ces négociations tacites ne
peuvent avoir lieu. L'existence de cette
différence rend la tâche du maître mais aussi
de l'élève beaucoup plus difficile. L'élève ne
comprend pas nécessairement les sous-entendus
du maître sous l'action de l'effet iceberg. Et
le maître se retrouve dans une axiomatique si
pauvre en termes de théorèmes utilisables qu'il
doit par nécessité restructurer toute sa base
de données. C'est pour cette raison que dans
des cas extrêmes, nous devons nous efforcer
d'échanger les rôles afin d'augmenter
l'efficacité didactique. Le maître doit le
plus possible exploiter un effet caméléon et
se mettre à la place de l'élève en difficulté
afin de se rendre compte in vivo de sa
perception du monde. Et il doit le plus
souvent possible, placer l'élève dans la
position du maître, pour vérifier les
acquisitions de l'élève. En effet il est
parfois plus facile de se servir de cet
intermédiaire qui permet de créer des erreurs
artificielles qui doivent être corrigées par
le nouveau maître à savoir l'élève que de
demander à ce dernier d'analyser ses propres
erreurs. Le maître se met donc dans un cadre
de méta-enseignement afin d'avoir une autre
vision, plus globale de son propre
enseignement. Cette approche permet par
ailleurs une approche plus ludique qui est
plus accessible pour de jeunes enfants et qui
permet d'éviter les erreurs engendrées par
l'aspect magistral du cours. En relativisant,
via le ludique, la gravité de l'erreur, le
maître place l'élève dans un contexte qui a
plus de degrés de liberté. Ainsi il peut mieux
analyser le spectre de son apprentissage et
modifier les règles heuristiques en matière de
simplicité. Car l'analyse conceptuelle de la
couche de la simplicité permet d'expliciter
des sous-couches plus abstraites. Par exemple,
l'activité de comptage qui est considérée comme
simple est basée sur cinq principes cognitifs
qui semblent être des prérequis à celle-ci. Ces
cinq principes ont été décrits pour la première
fois en 1983 par Gelman et Meck. Il s'agit de
la correspondance terme à terme, de la
stabilité de l'ordre, de la cardinalité, de
l'abstraction et de la non pertinence de
l'ordre. Or même s'il n'est pas évident
d'accéder directement à ces principes, une fois
explicités, ils peuvent considérablement
aider le maître dans la tâche difficile
d'expliquer le simple. Seulement une recherche
préalable est nécessaire pour constituer la
base de la didactique.