N. Lygeros |
Le schéma le plus simple de la lettre
majuscule comporte 4 traits.
Cette lettre qui est la plus présente dans la langue française entre
autres en raison du fait qu'elle représente une voyelle, semble très
commune. Pourtant sa nature géométrique est très peu robuste en
particulier au niveau de ses traits horizontaux. En effet, en enlevant
le trait supérieur nous obtenons un
minuscule, avec le trait
central un
majuscule et enfin avec le trait inférieur un
majuscule. Cette lettre comporte donc un caractère ambigu, une
fois détériorée partiellement. Cette propriété de non robustesse
géométrique peut s'avérer très utile dans le cadre des sciences
cognitives. En effet, elle permet d'activer aisément la plasticité
cérébrale quant à la reconnaissance de formes. Via cette approche
que nous nommerons di-hémisphérique puisqu'elle active les
deux hémisphères pour être complètement analysée, nous
pouvons forcer l'existence d'un système coopératif qui par sa
complémentarité va améliorer les résultats d'un enfant en
difficulté surtout si ce dernier a un déficit en termes de quotient
intellectuel. Pour ce faire, nous enrichissons la structure
géométrique de E par sa topologie en utilisant cette fois 12 traits
pour le construire
. Cet enrichissement permet une
plus grande participation de l'hémisphère droit qui a un rôle
dominant dans le traitement des informations visuo-spatiales
et dans l'analyse des relations topographiques. Cette augmentation
du rôle de l'hémisphère droit permet une approche transversale
qui aide l'hémisphère gauche en difficulté. En effet, dans le cas
d'un fort déficit, la lettre E n'est pas véritablement conçue comme
un objet qui matérialise un son du langage articulé. L'hémisphère
gauche à lui seul ne peut reconnaître l'entité abstraite aussi toute
aide de l'autre hémisphère améliore la compréhension de l'enfant
en difficulté. L'épreuve consiste à détériorer la lettre E (i.e. en
enlevant un plus ou moins grand nombre de traits qui composent
la lettre enrichie) et demander à l'enfant de le compléter. Cette
opération doit être effectuée après la complétion de figures plus
simples comme le carré et le triangle. La topologie de la lettre E
est plus complexe, mais elle est essentiellement linéaire, ce qui
facilite la tâche de l'enfant. Le processus de complétion permet
d'affirmer la réalisation de la figure comme une entité à part entière.
L'enfant structure des éléments de base dépourvus de sens au
niveau du langage articulé et de cette manière il réalise un
processus analogue à celui de la décomposition géométrique,
la détérioration doit privilégier les traits horizontaux puisqu'ils
sont redondants et que les autres sont plus informatifs. Pour
mieux comprendre cette idée il suffit de considérer les deux
cas de détérioration totale d'une part des traits verticaux (
)
et d'autre part des traits horizontaux (
). Enfin la richesse de cette
lettre permet d'établir un spectre de complexité qui détermine
l'aptitude de l'enfant à la reconnaître et à évoluer après
l'intervention de l'acteur pédagogique. Cette approche généralisée
pourrait permettre une autre manière d'aborder les lettres
de l'alphabet via la coopération active des deux hémisphères.