L'attaque oblique a été inventée par Epaminondas et expérimentée
par Philippe.
Cependant elle n'a montré toute son étendue tactique que lorsqu'elle
fut exploitée
par Alexandre dans la bataille de Gaugamèles en octobre 331 avant Jésus-Christ.
L'élément de base de cette technique offensive est une formation
compacte de
256 fantassins lourds disposés sur 16 rangs. Chaque fantassin des premiers
rangs
tient une sarisse de 4 à 7 mètres selon les combats. Les autres
des rangs suivants
appuient leur sarisse respective contre l'épaule du précédent.
A l'époque, aucune
parade n'avait été trouvée contre cette structure qui donna
naissance par la suite
à la tortue romaine. Mais sa force provenait de sa dynamique. En effet,
cette masse
structurée, hérissée et protégée avait une
force de pénétration inégalée. Elle avait
d'ailleurs été un des constituants essentiels dans la bataille
de Chéronée sans être
pour autant le fer de lance de l'attaque macédonienne. Dans la bataille
de
Gaugamèles, Alexandre, comme l'a souligné l'historien et le stratège
Frontin, déploya
sa ligne de bataille de façon à ce qu'elle fît front dans
toutes les directions ; ainsi,
ses hommes, s'ils étaient encerclés pouvaient combattre de tous
côtés. L'attaque sur
l'aile gauche de Darius fut une surprise pour ce dernier car elle fut précédée
par une
charge de cavalerie et dirigée de manière oblique. Bien que l'attaque
sur l'aile
gauche soit prévisible puisqu'elle correspond à l'extension naturelle
du port
du bouclier à l'époque, elle n'en demeure pas moins un élément
innovant dans un
cadre habituellement centré et frontal. Son essence qui provient directement
de la physique des matériaux est a posteriori claire puisqu'elle permet
une
convergence d'action et un renforcement de l'attaque par la réduction
de son angle,
ce qui signifie, qu'à égale résistance, elle offre une
possibilité de perforation du
front, d'autant plus qu'elle est accentuée par l'armement lourd des fantassins
qui
exploite sa propre inertie lancée.
Par l'ensemble de ses caractéristiques, l'attaque oblique représente
la réalisation
militaire du schéma mental de la pensée latérale. Le point
initial de celle-ci est la
prise de conscience de l'impossibilité d'un accès direct du savoir.
Ainsi toute
méthode directe est vouée à l'échec. Cette étape,
qui peut sembler élémentaire
pour une personne non initiée à la recherche, est en réalité
la plus difficile dans
le monde conceptuel. Cela provient du fait qu'il est extrêmement difficile
et donc
rare d'obtenir la démonstration de l'inexistence d'une méthode
directe. Aussi le
chercheur, dans cette phase non explicite est dépendant de son intuition
et de
son expérience. Seulement comme celles-ci sont justement limitées
dans ce
cadre, au final il ne lui reste plus que son intelligence pour former son jugement.
Une manière de la faire évoluer dans ce domaine, c'est de traiter
les problèmes
en s'interdisant les méthodes directes. Cette technique qui peut sembler
artificielle constitue un excellent moyen pour comprendre le problème
considéré
de manière plus profonde. L'accroissement de la difficulté d'accès
à la solution
permet une analyse plus fine des structures mentales dynamiques.
Par ailleurs la pensée latérale, en tant qu'heuristique, donne
aussi accès aux points
de faiblesse de l'entité problématique car ceux-ci ne se trouvent
pas nécessairement
sur la face visible du problème. C'est donc la compréhension qui
les rend visibles.
Ce point met en évidence une idée de la théorie des schémas
mentaux à savoir que nous
ne voyons que ce que nous comprenons.
Enfin la pensée latérale à l'instar de l'attaque oblique
constitue un moyen efficace
de traiter un problème via la réalisation de sa complexité
dimensionnelle. Il s'agit
donc d'éléments tactiques qui nécessitent des connaissances
stratégiques
préalables. C'est en ce sens qu'ils fusionnent dans l'espace du raisonnement
non-uniforme.
The oblique order and lateral thinking