Un test de Turing échiquéen
de N. Lygeros
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A la suite de notre note intitulée Echec aux rois
écrite à la fin du match qui oppose l'actuel champion du monde
au programme détenteur du plus fort classement ELO (2741) nous avons
ressenti le besoin de préciser notre point de vue sur l'intelligence
et son rapport avec le jeu d'échecs. Afin de l'expliciter nous allons
faire usage en tant qu'expérience de pensée au test de Turing.
Celui-ci correspond à un raisonnement non uniforme de la part de Turing
afin d'étudier le problème de l'intelligence artificielle. Son
point de vue n'est plus celui de la comparaison directe qui est somme toute
simpliste mais la création d'un modèle capable de supporter l'isomorphisme
de Sidis. En utilisant le langage naturel, un humain doit être capable
de faire la différence entre une machine et un humain. S'il en est incapable
alors l'équivalence est établie. Nous voyons que par ce biais
l'important n'est plus directement ce que nous sommes mais ce que nous semblons
être. Turing manipule le modèle de la boîte noire sans chercher
à comprendre sa structure interne, il s'intéresse à son
comportement externe. Sa problématique est la suivante : quelles sont
les réponses convaincantes pour un humain ? Quelles sont les réponses
qui suffisent pour tromper ses interrogations ? Car finalement pour la société
qu'elle soit de l'esprit ou pas, l'important n'est pas d'être intelligent
puisque personne ne sait vraiment à quoi cela correspond mais de le paraître
puisque seul le rôle compte dans le théâtre de la vie. Il
existe actuellement des solveurs syntaxiques qui parviennent déjà
à duper des gens et cela a même soulevé un problème
éthique. Cependant ces derniers n'en sont qu'à leurs balbutiements
linguistiques et leurs capacités ne cesseront de grandir. Mais notre
but est autre et pour cela nous allons restreindre le langage naturel à
celui du jeu d'échecs. Un joueur d'échecs qui joue face à
un homme ou une machine est-il capable de faire la différence ? Est-il
capable désormais de faire la différence entre le calcul froid
et la chaleur humaine ? Voit-il une différence dans le domaine de la
stratégie ou de la tactique ? Ce que répondent les matches qui
ont opposé les meilleurs joueurs du monde aux ordinateurs est fondamentalement
et essentiellement négatif. Est-ce surprenant ? Oui, pour la masse qui
se contente via un consensus manufacturé par les mass media de considérer
le jeu d'échecs comme le jeu de l'intelligence par excellence. Non, pour
les autres qui ont déjà connu cette caractéristique à
travers le jeu de dames. Car le jeu d'échecs comme celui des dames et
celui du go est avant tout un jeu et rien d'autre. Il est vrai que son approche
est difficile et sa complexité grande, malgré tout il s'agit d'un
jeu combinatoire au sens strict du terme, les autres facteurs bien que psychologiques
sont superfétatoires. Aussi il n'est pas étonnant qu'il ne soit
pas relié à l'intelligence mais à la mémoire et
à la technique. Si les media s'interrogent sur le jeu d'échecs
c'est qu'il symbolise l'intelligence pour la masse alors qu'il n'en est rien.
Toutes les machines sont plus performantes que les humains pour effectuer des
calculs et pourtant cela ne remet rien en cause. Il en sera de même pour
le jeu d'échecs et dans le futur pour le jeu de go comme cela fut le
cas pour le jeu de dames. Car ces jeux ne sont que des jeux. Ils sont intéressants
dans une phase de découverte mais poussés à leur extrême,
ils dégénèrent en spécialités. Le propre
de l'intelligence humaine est sa polymorphie et non son ultraspécialisation.
Tout le monde sait qu'un calculateur prodige n'est pas un génie et personne
ne s'en inquiète même si les enfants demandent aux génies
de se comporter comme des calculateurs prodiges. L'intelligence artificielle
n'est pas l'ennemie de l'intelligence humaine, toutes deux oeuvrent pour comprendre
l'intelligence.